Quel début ! Comme je vous l'ai déjà raconté, l'ensemble de mon séjour à Bordeaux a été tel une aventure. La route entre la Roumanie et la France, et surtout les personnes qui apparaissent dans le récit de cette partie de ma vie sont et vont laisser dans mes souvenirs quelque chose de magique.
Par la suite, je suis arrivée avec ma compatriote au Village 2 à Pessac, endroit qui avait été jusque-là comme une tache blanche sur ma carte; j’ai commencé dès le début à construire l’image de ce lieu. Il était presque 23h. Personne en dehors de nous n’était dans la rue. Nous nous sommes présentées à l’accueil. Le monsieur qui était chargé d'accueillir les étudiants qui arrivent en dehors des horaires prévus a été très gentil et patient avec nous. J’ai supposé qu’il avait beaucoup d'expérience avec les étrangers, car j’ai été étonnée de constater qu’il comprenait ce que nous essayions de lui demander avant même que l'on ait fini la phrase. Il a été très accueillant, ou peut-être était-ce nous qui avons été très ouvertes avec lui, parce que nous sommes restées au moins trois quarts d’heure en sa compagnie à l'écouter nous raconter presque toute son existence. Puis nous avons signé les papiers et reçu les clés. Nous sommes montées dans les chambres pour laisser nos bagages, car nous étions invitées chez Marie-Alix, la française qui nous a aidées à arriver en village. A partir de ce simple coup d'œil, j’ai été contente de ma chambre, même si ce n’était pas aussi sympa que chez ma nouvelle amie. En réalité j’ai été très contente d’avoir un lieu le plus petit possible, que j’allais pouvoir appeler ma maison.
Le lendemain, la lumière du jour a changé complétement ma chambre, et c’est à ce moment là que j’ai compris qu'il y avait plein de choses qui manquaient. Il fallait que j’achète beaucoup de choses: des assiettes, des couverts, de la vaisselle, du linge, etc. L’aventure commençait! Nous ne connaissions aucun supermarché ou endroit où nous aurions pu faire nos courses. Encore une fois notre ange Marie-Alix nous a aidées à nous orienter dans la ville.
Petit à petit, ma chambre a pris vie, et ma vie à Bordeaux a commencé a prendre forme et sens.
Le trajet entre la maison et l’université m'est devenu également très familier, car j'ai commencé à connaître tous les arrêts du tramway par leur nom et dans leur ordre. J’habite assez loin de ma faculté, il y a 30 minutes de trajet en tramway, mais ça ne me dérange pas car mon village universitaire est très calme. L’unique inconvénient est que je ne peux pas rentrer à la maison pour manger le midi et que je suis donc obligée de manger en ville, soit au restaurant universitaire, soit dans des restaurations rapides. Et bien sûr il ne faut pas oublier un autre inconvénient qui est plutôt occasionnel: les grèves de tramways.
Les jours se sont mis à passer très vite et j’ai commencé à avoir une vie de plus en plus chargée. Je partais presque toute la journée, et ce n’était qu'en fin de semaine que j’avais le temps de m'occuper de ma chambre. Même comme ça, ma chambre est devenue plus chaleureuse. Ma mère m’a envoyé des rideaux ; j’ai acheté une plante ; j’ai peint une fleur sur le mur de ma chambre et mon étagère est devenue une vraie bibliothèque. Maintenant ma chambre est assez bien organisée, et même s'il n’y a pas plus de 10m², j’ai réussi à trouver une place pour chaque chose.
J’ai investi beaucoup de sentiments dans cette pièce, et rien qu'en pensant qu'à un moment donné il me faudra partir, je deviens triste.
Bien sûr que par rapport à ma chère chambre aux murs bleus, ce n’est pas tout rose. Il y a une partie moins jolie de l’histoire qui inclut des problèmes et des choses que je n’aime pas. Par exemple le linoléum qui est tout gris et qui a des taches et des traces que je n’arrive pas à enlever. J’ai cherché un joli tapis avec lequel je pourrais cacher les défauts mais je n'en ai pas trouvé de sympa. J’ai eu aussi des problèmes avec mon évier car il se bouche tout le temps.
Mais même si je n’ai pas les meilleures conditions imaginables, je peux dire que je suis très contente de ma vie au Village 2, et je suis émue en pensant que le jour de mon départ est proche. Elle va beaucoup me manquer, cette petite chambre que 10 mois durant j’ai appelée maison.